
Introduction
Face à l’augmentation des événements climatiques extrêmes et à la vulnérabilité croissante des territoires, les géodonnées sont devenues un outil stratégique pour la prévention et la gestion des risques. Ces données géographiques, associées aux systèmes d’information géographique (SIG), permettent d’analyser les phénomènes naturels, d’anticiper les crises, d’optimiser les interventions ou encore accepter ou refuser de nouveaux aménagements. Grâce à l’observation satellitaire, aux drones, aux capteurs connectés et aux relevés topographiques, les décideurs disposent aujourd’hui d’une vision précise et actualisée du territoire.
Une meilleure connaissance des zones à risque
Les géodonnées permettent d’identifier et de cartographier les zones exposées aux dangers naturels. Les modèles numériques de terrain, les données hydrologiques et les images satellites facilitent par exemple l’analyse des inondations potentielles, tandis que les relevés LiDAR permettent de détecter les secteurs sensibles aux glissements de terrain ou aux éboulements.
Cette connaissance détaillée du territoire constitue une base essentielle pour la planification urbaine et la prévention des catastrophes. A la direction de l’information du territoire (DIT) de l’Etat de Genève, nous collectons et diffusons sur notre portail cartographique SITG (Système d'information du territoire à Genève) différentes couches liées aux risques qu’ils soient naturels ou non.
Gestion des Extrêmes climatiques par l’OCEau
Interview de Mr Etienne Monbaron-Jalade – Chef de secteur Hydrologie et Extrêmes Climatiques - Office cantonal de l’eau (OCEau-SAEP-HEC)
A l’office cantonal de l’eau (OCEau), la thématique « Extrêmes climatiques » a été intégrée au secteur « Hydrologie ». L’équipe se concentre désormais sur l’ensemble du cycle hydrologique, avec un accent mis sur les extrêmes : inondations d’un côté, sécheresses et étiages de l’autre. Ce recentrage découle du constat qu’après avoir largement concentré les efforts sur les inondations liées aux débordements des cours d’eau, il était nécessaire d’intégrer également les phénomènes de ruissellement de surface ainsi que les périodes d’étiage.
Prévention et aménagement du territoire
L’autorité agit principalement via les autorisations de construire :
- Préavis basés sur les deux cartes de danger (débordement et ruissellement).
- Gradation de la réponse : simple information si danger faible, mesures contraignantes (surélévation, repositionnement d’ouvrages) ou opposition pour les projets très vulnérables (ex. crèche en zone de ruissellement).
- Intégration dans les plans directeurs communaux et les PLQ : prescription d’études locales de risque, obligation de créer des espaces verts permettant l’expansion de l’eau, concentration des lignes d’écoulement sur des axes maîtrisés.
- Rôles partagés : le canton s’occupe des cours d’eau principaux, les communes des aménagements de détail, les privés doivent protéger leurs biens.
Et travaille sur la révision des débits de crues en tenant compte du changement climatique.
Exemple, sur l’Arve :
- Crue centennale historique : 920 m³/s en 2015.
- En 2023 : une première pointe à 1000 m³/s (bicentennale), suivie un mois plus tard d’une autre à 800 m³/s.
- L’intégration de ces trois événements dans les séries statistiques a conduit à une révision à la hausse des débits de crue centennale de plus de 20%.
- Les cartes de danger viennent d’être actualisées sur le Géoportail SITG; elles sont désormais plus sévères (extension notable des zones jaune et bleu en centre-ville de Genève)
Les cours d’eau plus petits (Aire, Drize) sont désormais moins influencés par la fonte de neige et davantage par des orages intenses sur sols secs. On parle d’un phénomène de pluie tricentennale pour l’épisode de 2024. L’enjeu est d’adapter les outils d’évaluation de ces ruissellements extrêmes.
Dans ce contexte, le service a également été chargé de mettre en place des mesures de stockage, exemples :
- Marais de la Haute-Seymaz (renaturation au début des années 2000).
- Bassin sur le Marquet (2009),.
- Bassin de stockage sur l’Aire à Confignon, 250 000 m³, créé en 2014.
Ces solutions restent difficiles à mettre en place, car gourmandes en territoire ; sur l’Arve, les volumes nécessaires en jeu pour avoir un effet sur les débits de pointe sont tels qu’un stockage sur territoire français est difficilement envisageable.
Pas de prévention sans cartographie
Créer et maintenir des cartes à jour et précises est fondamental pour une bonne gestion des risques :
- Carte de danger d’inondation (couche SITG) : réalisée selon la norme fédérale avec trois degrés (jaune = faible, bleu = moyen, rouge = élevé). Elle couvre les cours d’eau cantonaux et de nombreux petits cours d’eau, sauf ceux sans enjeux.
- Carte de ruissellement de surface : produite par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Elle montre les lignes d’écoulement en cas de fortes pluies, même sans lien direct avec un cours d’eau. Exemple marquant : l’événement du 9 juin 2024 sur Bardonnay, Collonge-sous-Salève et le bassin de la Drize, avec d’importants dégâts liés au seul ruissellement.
- Cadastre des événements : il recense les événements passés (notamment via les archives du Journal de Genève) pour valider les zones de danger modélisées. Il n’est jamais exhaustif mais apporte des observations réelles.
Lien : Surfaces inondables et zones de danger de crues | ge.ch
Et demain ?
L’intégration de l’intelligence artificielle aux géodonnées ouvre de nouvelles perspectives. Les algorithmes d’apprentissage automatique sont capables d’analyser de grands volumes de données afin de détecter des signaux précurseurs de catastrophes et de produire des modèles prédictifs. Cette évolution permet de passer progressivement d’une gestion réactive à une gestion proactive des risques, avec pour objectif de réduire les pertes humaines, économiques et environnementales.
Conclusion
L’importance des cartes est centrale : elles constituent le socle commun qui permet de voir, comprendre et anticiper les extrêmes hydrologiques sur le territoire. Elles transforment un risque souvent invisible au quotidien en information exploitable pour la décision, en identifiant les zones potentiellement exposées même là où « il ne s’est jamais rien passé » et en rappelant que l’absence d’événement recensé n’est pas une garantie de sécurité.
D’une manière générale, les géodonnées constituent aujourd’hui un pilier de la résilience territoriale. Leur utilisation améliore la compréhension des phénomènes naturels, facilite la préparation des plans d’urgence et renforce l’efficacité des interventions. Dans un contexte marqué par le changement climatique, leur exploitation représente un enjeu majeur pour la protection des populations et des infrastructures.