Face aux défis de la croissance urbaine et de la transition écologique, les géodonnées jouent un rôle essentiel pour mieux comprendre et planifier notre territoire. 

Mr André Kovacs - Chef de service - Service de l'observation du territoire (L'OBSTER) - Office de l'urbanisme - Département du territoire - Etat de Genève, partage son regard sur les enjeux de la planification territoriale et sur l’apport des géodonnées dans les décisions d’aujourd’hui et de demain (propos personnels qui n'engagent pas l'Office de l'Urbanisme).

Plannification urbaine

Quels sont les principaux défis auxquels la planification urbaine doit répondre ?

Répondre à la croissance démographique induite par le dynamisme économique de la région, tout en évitant l’étalement urbain (fin des extensions sur le zone agricole), en préservant le patrimoine naturel et bâti, en veillant à la préservation de la biodiversité, mais aussi à garantir des conditions de vie et de logement favorables à toutes les catégories de population. Le défi majeur consiste bel et bien à promouvoir à la fois le développement et la préservation dans un territoire exigu qui empêche de s’étendre et nous oblige à accepter certains compromis.

Pourquoi les géodonnées sont-elles devenues indispensables pour les collectivités aujourd'hui ?

Dans le contexte évoqué ci-dessus de « compétition » entre enjeux parfois contradictoires (développement vs préservation ; aménagement vs ménagement), la géodonnée est un atout majeur pour identifier très tôt les conflits potentiels, mais aussi les synergies possibles.

Quelles sont les principales sources de géodonnées que vous utilisez ?

Nous utilisons aussi bien des données de référence (données cadastrales, découpages administratifs, plans de zones, mesures de protection, zone de dangers, orthophotos, courbes de niveau, etc.) que des données de planification exprimant des intentions futures (projets urbains, tracés de mobilité, espaces publics, infrastructure écologique, réseaux énergétiques, etc.)   

Pouvez-vous donner un exemple de projet où les géodonnées ont joué un rôle déterminant ?

Il y en a plein... J’en cite deux qui répondent à des exigences fédérales :

Le dimensionnement et la spatialisation des futurs secteurs de développement urbain nécessaires à la révision du plan directeur cantonal 2050 doit impérativement répondre à des enjeux urbanistiques, tels que l’accessibilité, la desserte en équipements et aménités, ou encore la préservation des espaces naturels existants. Sans géodonnées, ce travail de spatialisation cohérent serait impossible.

Le suivi des réserves en surfaces d’assolement se fait via un outil de monitoring basé sur des données spatiales fournies par plusieurs services de l’État (aménagement, mobilité, environnement, eau, etc.) La mise en commun des géodonnées issues de plusieurs politiques publiques sur un portail géomatique transversal permet d’assurer un suivi constant et d’alimenter les discussions lors de pesées d’intérêts.

Comment contribuent-elles à la planification des transports, du logement ou des espaces verts ?

Je crois que les réponses précédentes l’illustrent bien. La mise en regard des géodonnées de projets des différentes politiques publiques permet une meilleure coordination dans un territoire contraint ou chaque m2 compte.

Les géodonnées permettent-elles de mieux anticiper les besoins futurs ?

A partir du moment où nous disposons de données spatiales qui permettent d’esquisser une situation future possible (qu’elle soit souhaitée ou non) nous pouvons mieux prévoir les enjeux et les conséquences. À titre d’exemple, l’analyse climatique effectuée en 2020 et qui sera mise à jour en 2027 permet d’identifier les espaces urbains où la situation bioclimatique est défavorable et qui nécessiteront une attention particulière en cas de régénération urbaine.

Quelles données mériteraient d'être davantage ouvertes ?

En ce qui concerne l’aménagement du territoire, les données personnelles (et anonymes) concernant les déplacements seraient extrêmement utiles. Récupérer par exemple les données GPS des téléphones portables via les opérateurs ou les parcours de course des joggeurs depuis leurs montres connectées serait vraiment intéressant pour identifier la fréquentation de certains axes ou espaces publics (parcs, plages, etc.)

Intelligence artificielle

Quel rôle l'IA peut-elle jouer dans la planification urbaine ?

Pour le moment, je pense que l’IA peut aider à automatiser et massifier certaines tâches récurrentes (voire réponses ci-dessous). En revanche, la planification urbaine intègre énormément de facteurs psychologiques, sociaux ou politiques qui sont autant de formes d’expressions d’aspirations ou au contraire de réticences vis-à-vis du changement. Ces comportements individuels ou collectifs, foncièrement subjectifs influencent radicalement les choix et les décisions dans la planification territoriale et ne peuvent pas être traités par une intelligence artificielle.

Je verrais un avantage certain à inclure une IA conversationnelle dans le futur plan directeur cantonal numérique afin de rendre cet outil de planification complexe plus accessible aux usagers non experts.

L'IA peut-elle améliorer les analyses spatiales ?

Je vois bien l’IA jouer un rôle d’accélérateur pour l’analyse massive et la transformation de données brutes (collectées par exemple par satellite, lidar) et les transformer en géodonnées structurées.

Peut-elle aider à simuler différents scénarios ?

Certainement, surtout si on cherche à tester à large échelle l’impact produit par quelques changements de paramètres ou d’hypothèses :

  • Que se passe-t-il si on augmente / diminue la densité minimale requise en zone de développement ?
  • Que se passe-t-il si les limites inconstructibles passent de 50m à 20m d’une route ?
  • Que se passe-t-il si les valeurs de bruit admissibles passent de x décibels à y ?   

Prospective / Grand Genève

Si vous disposiez de toutes les données imaginables, qu'aimeriez-vous pouvoir analyser que vous ne pouvez pas faire aujourd'hui ?

L’angle mort de la planification territoriale est sans conteste la maitrise foncière et surtout les intentions futures des propriétaires fonciers (privés ou publics). Disposer d’une cartographie détaillée des parcelles / secteurs propices à une mutation / valorisation urbaine serait un atout pour la planification opérationnelle.

Comment les données du SITG sont-elles utilisées dans les projets du Grand Genève ?

La difficulté vient de l’aspect transfrontalier du Grand Genève. Les géodonnées ne sont pas collectées, ni traitées ou restituées de la même manière du côté suisse et français. Il est donc très compliqué de les harmoniser en vue d’un usage homogène. Néanmoins, plusieurs initiatives d’analyses territoriales ont pu être menées à l’échelle de l’agglo (territoires des courtes distances, Infrastructures écologique, études de mobilité, etc.)

Comment voyez-vous évoluer le SITG avec l'arrivée de l'IA générative et des jumeaux numériques ?

J’ai un point de vue quelque peu conservateur à ce sujet. Le SITG doit rester un portail permettant l’accès à des données structurées, validées et fiables. Je peux imaginer qu’une solution basée sur l’IA permette une consultation plus poussée mais il ne faut pas que l’IA génère elle-même des données ou des analyses qui alimenteraient un outil public comme le SITG.

Quels nouveaux jeux de données ou services pourraient encore enrichir l'écosystème genevois ?

Toute donnée territoriale fiable est à même d’enrichir l’écosystème de la géoinformation. J’insiste sur l’importance de la disponibilité, fiabilité, précision, régularité des données mises à disposition. De manière générale, je tiens également à souligner que la création, le traitement et l’usage des données spatiales nécessitent une bonne connaissance du contexte qui ne peut être assurée que par des personnes correctement formées et expérimentées.

Service de l'observation du territoire
Ce service est en charge des processus de monitoring de l'aménagement du territoire, du plan directeur cantonal aux projets urbains. Il rassemble également les compétences en matière d'analyse spatiale, de cartographie, de géomatique et de dessin assisté par ordinateur (DAO / CAO).
Office de l'Urbanisme